Les CISP affrontent en 2026 une situation inédite : pour la première fois en près de cinquante ans d’existence, le cadre qui définit leurs modes d’action se redessine largement sans eux.

Après bientôt deux années d’inquiétudes, d’interpellations et d’attente, les orientations ministérielles se précisent enfin. Le modèle esquissé est presque inverse à celui qui favorisa l’émergence des CISP : centralisation, standardisation, pilotage par les résultats, régulation et programmation territoriale de l’offre sur base des besoins socio-économiques de la Wallonie…

Sur fond d’économies budgétaires, les objectifs affichés sont une amélioration de l’efficacité du système et une accélération du retour à l’emploi. Mais derrière cette promesse d’efficacité, une rupture profonde se dessine. Elle concerne le coeur même du modèle CISP : la possibilité d’une véritable émancipation pour chacune et chacun.

Car ce qui fait la spécificité – et l’efficacité – des CISP, ce n’est pas seulement leur mission “formative” : c’est leur capacité à construire, avec et pour les stagiaires, des trajectoires durables, en composant avec leurs histoires souvent éloignées des normes scolaires et professionnelles classiques, pour rouvrir des possibles là où d’autres dispositifs ont échoué.

Et c’est aussi leur enracinement dans la liberté associative : cette dynamique organique qui voit des humains fédérer leurs aspirations, engager leurs ressources et déployer leurs talents pour qu’émergent et perdurent un lieu, un espace, un collectif singulier, qui permettent à chacun de gagner en maîtrise de ses choix, de ses aspirations, de ses actes.

En réduisant l’horizon à une insertion rapide, en calibrant les parcours formatifs sur des besoins économiques immédiats, en forçant une diminution du nombre de CISP sous couvert de rationalisation et d’efficience, le risque est réel de passer à côté de ce qu’ils offrent à la Wallonie : un accompagnement et des formations de qualité destinés aux Wallonnes et Wallons les plus fragilisés, mais aussi des communautés locales, ancrées, dynamiques, où se déploient quotidiennement des réponses aux contradictions de notre société.

“Nous ne laisserons personne sur le bord du chemin”, affirmait la majorité wallonne en juin 2024, dès la première page de sa Déclaration de politique régionale. Deux ans plus tard, nos inquiétudes restent vives. Sommer des individus et des collectifs à s’adapter plus vite et plus fort, au risque de perdre leurs moyens de subsistance, n’a jamais produit ni confiance en soi, ni confiance dans l’institution… ni emplois durables et porteurs d’avenir.

À l’heure où la Wallonie est confrontée à des défis sociaux et économiques majeurs, il serait dramatique qu’elle renonce au modèle “CISP”, dont la souplesse d’action constitue aujourd’hui le meilleur atout pour entretenir un dialogue respectueux avec les personnes en quête d’insertion, au bénéfice de la société dans son ensemble.

FRANCOIS XHAARD,
Président de l’Interfédé

[Cet article provient de l’essor n°113]

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