Interview de Benjamin Pierson – Chargé de projet au sein de la Fédération AID et coordinateur du projet IBIS destiné à promouvoir l’éco-rénovation au sein du secteur CISP.
Benjamin Vokar : Bonjour Benjamin, peux-tu nous présenter en quelques mots le projet IBIS sur l’éco-construction dont tu as assuré la coordination…
Benjamin Pierson : Oui avec plaisir. À l’origine, on trouve deux directeurs de CISP vraiment pionniers dans le domaine de l’éco-construction : Michel Thomas de la Calestienne à Beauraing et Patrick Truccolo du Trusquin, à Marche-en-Famenne. Ils avaient tous les deux très envie de partager à d’autres CISP leurs années d’expérience de terrain en éco-construction, leurs bonnes pratiques dans l’utilisation d’isolants naturels. Cette idée aurait pu rester dans les cartons mais les moyens débloqués par le Plan “Action Climat Environnement Rénovation” de la région wallonne nous ont permis de lancer un projet vraiment innovant pour le secteur et qui part du terrain.
BV : Le projet a rassemblé plusieurs partenaires. Peux-tu nous les présenter ?
BP : Pour le volet technique du projet, nous avons travaillé en partenariat avec le cluster éco-construction, qui rassemble la majorité des acteurs du secteur : des entrepreneurs, des architectes, des producteurs de matériaux… Pour le volet pédagogique, nous avons aussi collaboré avec Formaform, une structure qui fédère les acteurs de la formation. Le projet était chapeauté par l’Interfédé des CISP car l’objectif était de faire un véritable projet sectoriel, ouvert à tous les centres désireux de se former aux techniques d’éco-rénovation.
Découvrez la carte des projets réalisés
BV : Le projet a commencé à l’automne 2024 et s’est terminé fin 2025. Peux-tu nous retracer les grandes étapes, pour ceux qui n’en ont jamais entendu parler ?
BP : Le projet a commencé par un cycle de formation destiné aux formateurs CISP de la filière construction, qui sont des professionnels rôdés aux techniques de construction conventionnelles et désireux d’apprendre les techniques spécifiques de l’éco-construction. Le projet s’est articulé autour de cinq éco-matériaux tous produits en Wallonie : l’ouate de cellulose, la fibre d’herbe, la laine, la paille et les blocs de chaux-chanvre. Nous avons voulu organiser une formation vraiment ancrée dans la pratique, avec des démonstrations techniques de spécialistes, des visites de chantiers et d’usines qui conditionnent ces matériaux comme la fibre de cellulose ou les blocs de chaux-chanvre. Des visites très inspirantes où les formateurs ont eu l’occasion de poser énormément de questions…
BV : Une formation avant de passer à la partie pratique j’imagine ?
BP : Oui, en effet, la deuxième étape du projet a été d’initier de véritables chantiers au sein des CISP participants avec la contrainte de devoir utiliser l’un des cinq matériaux biosourcés wallons sélectionnés. Grâce au financement de la région wallonne, sept CISP ont pu bénéficier de bourses pour acheter du matériel et lancer des chantiers avec ces isolants naturels. Certains ont isolé un bâtiment avec de la fibre de cellulose, d’autres avec des blocs en chaux-chanvre, un CISP a même créé une “remorque-témoin” présentant les différents isolants naturels disponibles…
BV : De magnifiques réalisations ! Vous avez aussi produit des ressources pédagogiques pour partager les enseignements de ce projet ?
BP : Oui, l’un des objectifs du projet était d’outiller les formateurs, les coordinateurs et les stagiaires, en créant des ressources adaptées aux CISP et leurs réalités. Nous avons d’abord rassemblé des tutoriels, des brochures de présentation des matériaux etc. déjà réalisées par le cluster éco-construction, pour épauler au mieux les CISP qui souhaitent se lancer dans l’éco-construction ou développer leur expertise. Nous avons ensuite produit pas mal de choses nous-mêmes, comme des fiches sur les différents matériaux ou des panneaux didactiques pour mettre en valeur les chantiers réalisés. Nous avons également réalisé des vidéos qui permettent de se rafraîchir la mémoire avant de se rendre sur un chantier.
BV : Où peut-on trouver toutes ces productions ?
BP : Toutes les ressources créées pendant le projet ont été mises en ligne sur la PedaTech CISP, la plateforme qui rassemble toute la production pédagogique du secteur. En tapant le mots-clé “construction” on accède à une bibliothèque avec tous les documents en libre accès. C’est vraiment un outil de long terme pour le secteur, qui ne fera que se développer au fil du temps… 
BV : Le projet IBIS est terminé mais une suite est déjà en cours…
BP : Oui, la fédération AID pour laquelle je travaille a vraiment voulu donner une suite à ce projet IBIS et a soumis un projet européen dans le cadre des financement Erasmus, en collaboration avec des partenaires de cinq pays. Ce nouveau projet intitulé “ECO-ReDi” vise à faire le pont entre l’éco-construction et l’innovation digitale. L’objectif est de développer des outils pédagogiques digitaux facilitant l’apprentissage des techniques d’éco-construction. Un stagiaire pourrait par exemple s’entrainer à volonté, via un jeu sur son téléphone, dans lequel il doit remettre dans le bon ordre toutes les étapes du chantier sur lequel il va travailler. Un apprentissage numérique personnalisé qui serait évidemment complémentaire à la formation sur chantier. Les idées sont nombreuses !
BV : Hâte de voir ce que ça va donner ! C’est positif de voir que le développement de l’éco-construction au sein du secteur CISP se poursuit, c’est plus pertinent que jamais. Combiner une approche locale, naturelle et durable dans un secteur où l’humain est au centre, on coche vraiment toutes les cases…
BP : Oui, clairement. D’autant plus qu’avec les crises énergétiques qui s’enchainent, de plus en plus de gens se rendent compte que l’éco-construction n’est pas juste une niche. C’est un secteur d’avenir avec un énorme potentiel de développement, une activité non délocalisable et dans laquelle il est vraiment temps d’investir…
BENJAMIN VOKAR, Chargé de communication de l’Interfédé


