Une mosaïque de parcours, un même fil conducteur
À travers cette trentaine de témoignages et expériences relayés dans ce dossier, une évidence se dégage : l’insertion socioprofessionnelle n’est jamais un chemin linéaire. C’est une succession d’étapes, de détours, parfois de retours en arrière, où chaque petit pas compte. Les CISP se présentent comme des espaces capables de transformer ces pas, parfois fragiles, en leviers d’émancipation, en combinant accompagnement humain, formation progressive et ancrage dans la réalité du terrain.
Lever les freins pour libérer les potentiels
Ces récits montrent que les freins psychosociaux et matériels isolement, précarité, mobilité, santé, logement sont souvent le premier verrou à faire sauter. Les centres ne se contentent pas de former, ils aident à reconstruire la confiance, à restaurer l’estime de soi et à (ré)apprendre à se projeter et cela peut prendre du temps. Cet accompagnement global est une condition indispensable pour que l’accès à la qualification ou à l’emploi devienne envisageable et durable.
La force du collectif et du réseau
Autre constante : la réussite repose sur la qualité du partenariat. Stages, filières qualifiantes, relais avec l’enseignement pour adultes, liens avec les employeurs ou les CPAS : tout un maillage est mobilisé pour ouvrir des portes, au bon moment, pour chaque stagiaire. Loin d’agir seuls, les CISP orchestrent une chaîne de compétences, d’expériences et de soutiens qui donne de la cohérence aux trajectoires des stagiaires.

Valoriser chaque victoire
Qu’il s’agisse de décrocher un permis, de réussir une validation de compétences, d’oser un premier stage, de retrouver une stabilité personnelle ou d’obtenir un emploi, chaque avancée est une réussite à part entière. L’approche des CISP invite à reconnaître la valeur de ces étapes, trop souvent invisibles dans les discours publics focalisés sur l’emploi immédiat. Ici, ce sont ces victoires intermédiaires qui construisent la durabilité de l’insertion. Et cela répond à la demande des entreprises qui n’engagent pas à tout prix, même avec des aides à l’emploi, mais exigent un socle de compétences de base et une formation suffisante, comme le démontre une récente étude de l’IWEPS[1].
Les CISP, un maillon indispensable
En filigrane, ce dossier rappelle que les CISP ne sont pas seulement des lieux de formation : ils sont des laboratoires de résilience sociale. Ils démontrent que l’accompagnement patient, individualisé et collectif peut transformer des fragilités en forces, et que l’insertion durable repose autant sur la reconnaissance et la valorisation des parcours que sur l’acquisition de compétences techniques.
En somme, les CISP constituent un maillon essentiel de la chaîne de l’insertion, à la fois tremplins, filets de sécurité et catalyseurs d’émancipation. Dans un contexte où les injonctions à l’efficacité rapide se multiplient, ce dossier nous rappelle que l’insertion réussie est une construction progressive, et que c’est précisément cette temporalité respectueuse qui en garantit la solidité.
Hugo ROEGIERS,
Responsable analyse et plaidoyer à l’Interfédé
[1] Rapport de recherche – Quel effet des aides à l’embauche sur l’emploi des jeunes faiblement scolarisés en Wallonie ? Une évaluation d’impact du subside Impulsion moins de 25 ans – Iweps – 5 juillet 2023.

