Sous le feu d’une réforme préjudiciable, le secteur des CISP est malmené et sa légitimité remise en question. Pourtant, leur action est bien vivante et s’inscrit dans des réseaux sociaux et locaux essentiels à leurs raisons d’être. C’est dans ce cadre que nous rencontrons Stéphanie Petrov qui appuie, en tant que directrice du département de l’action sociale du CPAS de Namur, le bienfondé de la collaboration entre CPAS et CISP afin d’oeuvrer à l’autonomie et à une insertion capacitante des bénéficiaires de l’aide sociale.
Pour commencer, pouvez-vous nous dire ce qu’est le département de l’action sociale du CPAS ?
Avec les maisons de repos, l’action sociale est une des deux activités principales du CPAS. Elle regroupe tous les services qui oeuvrent en faveur des personnes vulnérables et victimes d’exclusion, au sens large, afin de répondre à leurs besoins. On y retrouve l’aide générale de première ligne, pour octroyer de l’aide financière et psychosociale, un service logement, un service hébergement, un service hébergement d’urgence, un service de médiation de dettes, un gros service d’insertion socioprofessionnelle, du job coaching, un service d’alpha-FLE, un service d’insertion sociale… On a à peu près 4400 bénéficiaires qui reçoivent le revenu d’intégration, on travaille majoritairement, avec et pour ce public, même si dans certains services, le revenu d’intégration n’est pas une condition pour avoir l’aide du CPAS.
Dans le cadre de l’action sociale, pourquoi entretenez-vous des liens avec les CISP présents sur la Ville de Namur ?
Tout d’abord, les CISP constituent un opérateur privilégié pour nous. Cette collaboration fait écho à deux lois relatives aux CPAS : l’article 1er de la loi organique des CPAS de 1976, qui indique que toute personne a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine et que les CPAS sont là pour l’assurer, et la loi concernant le droit à l’intégration sociale de 2002, qui précise que notre objectif premier est la réinsertion socioprofessionnelle et d’offrir un emploi aux personnes. Selon cette loi, si la personne n’est pas en mesure de travailler ou si le CPAS ne peut lui fournir un emploi, il doit lui octroyer le revenu d’intégration et la former.
Dès lors, l’intérêt de travailler avec des CISP plutôt qu’avec d’autres opérateurs de formation, exclusivement professionnalisants, c’est que les CISP vont viser les compétences transversales et techniques. Nous, le CPAS, on va faire un état des lieux des besoins, des freins, des points forts… On va assurer l’accompagnement, définir un projet et puis, après, on sollicite les CISP pour former la personne, mais en tenant compte de son profil avec des formations sur-mesure pour les bénéficiaires afin de réellement répondre à leurs besoins. Trouver des formations sur-mesure devient possible en réfléchissant vraiment avec la personne en fonction de son profil, de ses compétences, de ses aptitudes, de ses envies, ce qui permet de trouver concrètement avec elle quelque chose qui lui convienne afin de viser une insertion durable. Ça, c’est inestimable.
Toutefois, répondre à leurs besoins a pris une autre ampleur avec la réforme du droit aux allocations de chômage entrée en vigueur début 2026, qui plus est avec des équipes réduites et déforcées. De fait, depuis le 1er janvier et en date du 13 avril, 882 personnes supplémentaires ont poussé la porte du CPAS de Namur à la suite de la réforme. Sur ces 882 dossiers instruits, 85% bénéficient à présent du revenu d’intégration, soit 750 personnes.

Justement, pourquoi est-ce important pour vous de collaborer avec les CISP ?
C’est essentiel au vu du profil des personnes correspondant très peu au marché de l’emploi classique. Ces personnes présentent des profils très hétéroclites et bien souvent très éloignés de l’emploi. Notre objectif premier, c’est de les remobiliser vers l’emploi, mais pour une grosse partie de notre public, il ne suffit pas d’entrer au CPAS pour être prêt à l’emploi. Dans une très grosse proportion, on doit à la fois mener un travail d’accompagnement social et un travail de formation. Là, évidemment, la collaboration avec les CISP a tout son sens. On conçoit vraiment cette collaboration comme un maillon indispensable de la chaîne, le but étant d’augmenter l’employabilité de notre public, de plus en plus éloigné de l’emploi, grâce au partenariat et au travail des CISP et, de cette manière, de satisfaire le besoin et l’exigence des employeurs et utilisateurs1 auxquels on peut alors proposer des travailleurs.
L’avantage de travailler avec les CISP est donc leur approche globale qui déploie vraiment en parallèle ces deux axes, les compétences transversales et les compétences techniques. Ce qui fait notre force aussi, c’est qu’on travaille dans le même intérêt, dans le même but et qu’on avance dans le même sens. C’est vraiment précieux. On a un public commun et des objectifs communs.
De plus, nous avons un public qui est éloigné de l’emploi car possédant peu de compétences techniques, étant peu scolarisé, peu formé… Donc c’est un public qui mobilise beaucoup plus et qui demande bien plus de moyens, notamment humains mais aussi d’énergie et de temps. On observe par ailleurs une forte dégradation sociale et économique de son profil. De ce fait, aussi une démobilisation et ce en raison de tout un passif social conséquent : que ce soit le fait d’être en désaffiliation complète – familiale, sociale, institutionnelle – ou par le fait de ne pas avoir un logement convenable. Il y a tout un travail, considérable, à mener en amont. Les processus d’insertion s’allongent donc de plus en plus fréquemment. Parfois, on doit reprendre les bases de très loin avec les personnes.
Cependant, notre volonté est de rester un moteur vers l’autonomie sociale, économique et citoyenne, de permettre aux gens de devenir autonomes. C’est l’essence de notre institution, c’est l’essence de notre mission, c’est l’essence de nos valeurs. Nous réfléchissons donc à la manière de pouvoir rester un soutien. C’est pour cela qu’on fait appel aux CISP et à ce qu’ils peuvent nous apporter parce qu’ils constituent un vrai levier vers l’emploi par leur approche technique, didactique, empathique, bienveillante, ferme…
Depuis votre perspective, est-ce que la réforme actuelle des CISP consistant à rationaliser le secteur et réduire le budget alloué suscite chez vous des craintes ?
Notre crainte, c’est qu’à un moment, on n’ait plus de répondant de la part des CISP pour prendre en charge nos bénéficiaires, augmenter leur employabilité et leur insertion durable. Si on nous dit à un moment que des filières ferment et que le nombre de places se réduit drastiquement, on pourra beaucoup moins facilement y faire entrer de bénéficiaires. Pour nous, ce serait une catastrophe car ça voudrait dire que les gens resteront au CPAS et qu’on devra attendre avant de les faire entrer dans une formation adéquate. On ne pourra pas non-plus répondre aux demandes des employeurs et utilisateurs et donc ça nous mettrait en difficulté, dans l’incapacité de réinsérer nos bénéficiaires en dehors du marché de l’emploi classique.
Vous souhaitez dire une dernière chose avant de conclure ?
Si nous n’étions pas satisfaits de la qualité des CISP, on ne les solliciterait plus. C’est fondamental. On aime la qualité du travail réalisé dans les CISP. Il y a bienveillance, fermeté, adaptabilité. C’est ce qui fait leur plus-value et qu’on en redemande. C’est indispensable. Nous savons aussi bien dans les CISP qu’au CPAS qu’on ne peut pas travailler en vase clos. Ils ont besoin de nous et on a besoin d’eux, sans doute aujourd’hui plus que jamais.
SEBASTIEN VAN NECK,
Chargé de projets Éducation permanente chez Lire et Ecrire


