Publié le 22/01/2026
« Quand ils arrivent chez nous, on s’intéresse à leur histoire et à leurs souhaits ». Ces mots simples de Lola, assistante sociale chez Pourquoi pas toi, cachent tout un travail patient : accueillir des personnes souvent malmenées par la vie, hantées par la certitude de ne rien valoir et leur offrir un cadre où elles pourront construire de nouvelles perspectives, et un projet bien à elles.
Créée en 2018, la filière d’orientation du CISP Pourquoi pas Toi propose chaque année trois sessions de vingt places chacune. Cela fait entre cinquante et soixante stagiaires accueillis, accompagnés durant trois mois de job coaching et de remobilisation. Tests d’orientation, remise à niveau en français et en mathématiques, découverte des droits et obligations liés au contrat de travail, simulations d’entretien, sorties culturelles, stages d’observation et de pratique… Le programme est dense, et traversé par une idée maîtresse : la confiance, ça se restaure, et c’est elle qui fait toute la différence.
Bruno, dix ans dans l’ombre
Quand Bruno pousse la porte du centre en 2018, il n’a plus grand-chose à perdre. Ancien aide-soignant, il a chuté d’un toit dix ans plus tôt. L’accident l’a contraint à arrêter son métier, entraînant dépression et traitements lourds. « À l’entretien d’entrée, nous l’avons vu très triste, il se disait bon à rien », se souvient Lola.

Très vite pourtant, Bruno se révèle. Soutenant pour ses collègues stagiaires, il reprend goût aux échanges. Le centre lui propose un stage comme brancardier à l’hôpital Saint-Joseph de Mons. « Quand nous sommes allés le voir en visite de stage, on avait l’impression qu’il faisait déjà partie du personnel. » L’établissement n’a pas de moyens pour l’engager, mais des portes s’ouvrent ailleurs : au CHR de Soignies, puis dans une formation d’ambulancier Depuis 2020, Bruno sillonne les routes au départ de Rebecq, et il s’apprête aujourd’hui à entrer en formation pour obtenir le brevet d’aide logistique aux urgences de nuit. « Il avait les compétences, l’expérience, les diplômes, mais son estime de soi était au plus bas et il se sentait jugé durant les entretiens d’embauche. Aujourd’hui, nous l’invitons à témoigner devant les autres stagiaires ! ».
Océane, tenace hier, aujourd’hui et demain
En 2023, c’est Océane qui frappe à la porte. À 26 ans, elle porte une histoire éprouvante – elle a dû grandir vite, s’élever seule. « Elle est solaire, extrêmement gentille avec les autres, mais elle se dévalorisait énormément », raconte Lola.
Au centre, Océane croise Bruno-le-brancardier… qui propose de la prendre en stage au CHR de Soignies. Une rencontre décisive, tant le binôme fonctionne. Dans la foulée, elle réussit son permis de conduire, décroche un contrat article 60 comme brancardière à l’hôpital Ambroise Paré. « Ses collègues l’adorent. Elle fait un excellent travail », souligne l’équipe. Ce ne sont pas des mots en l’air : ce contrat terminé, elle est engagée en CDD, et au moment d’écrire cet article, un CDI se profile à l’horizon.
Grégory, l’évidence d’un leader
Grégory a marqué les esprits dès son arrivée dans le CISP début 2023. Formé à l’animation socioculturelle, il a un parcours atypique : placement dans l’enfance, périodes de vie dans la rue, foyer pour hommes, logement accompagné… Mais aussi une formidable capacité à rebondir, et toujours le sourire aux lèvres. « Il était tellement soutenant pour les autres, on l’a vite identifié comme un leader positif. »
Ses stages confirment cette impression. Chez Présence et Action culturelle, il brille. L’asbl Pourquoi pas toi lui propose alors de s’investir dans un module de formation à la citoyenneté, dans le cadre d’un tutorat formatif, et le voit y partager sa connaissance de l’histoire et de la politique avec une aisance déconcertante. Suite à une expérience via le PFI1 , il a ensuite parfaitement intégré l’équipe. Il y poursuit aujourd’hui son apprentissage cette fois en tant que collègue “junior”, et chacun espère le voir s’ancrer durablement dans l’Asbl. “La réduction du financement du secteur fragilise l’avenir, mais on croise les doigts pour lui” confie encore Lola.


Les deux pratiques CISP gagnantes pour qu’une envie devienne projet puis réalité
L’art de valoriser
Si les parcours diffèrent, ils bénéficient tous d’une même philosophie, très centrale et déterminante chez Pourquoi pas toi. « Chaque réussite, même très modeste est fortement valorisée, on la renforce immédiatement. » Dans le centre, les murs sont d’ailleurs couverts de citations positives. Pour beaucoup de stagiaires, c’est une première. « Certains n’ont rarement voire jamais entendu un compliment. Au début, ils sont mal à l’aise, ils ne savent pas comment le recevoir. On leur propose de juste l’accueillir. »
L’art de réseauter
Trouver le bon lieu de stage n’a rien d’anodin. « Si la personne tombe dans un environnement qui ne l’accueille pas bien, ça peut faire des dégâts », insiste Lola. Ici, on ne place pas les stagiaires au hasard : chaque orientation s’appuie sur un profil précis, un ressenti, parfois même une intuition nourrie par l’expérience. L’équipe connaît son réseau, sait à qui confier tel ou tel candidat. Et parfois, l’équipe elle-même est surprise par un succès plus important qu’espéré. Ce maillage patient entre le centre et ses partenaires est une clé silencieuse du succès : il s’agit d’ouvrir les bonnes portes, au bon moment, pour que chacun puisse trouver sa place.
Un pari qui vaut la peine
Dans un monde où l’on parle beaucoup d’efficacité et de retour rapide à l’emploi, Pourquoi pas toi rappelle une évidence : avant de se projeter dans un métier, il faut parfois réapprendre à croire en soi. « Nous traitons nos stagiaires comme nous aimons être traités. Ça ne nous coûte rien… et ça change tout. »
Par CÉLINE LAMBEAU
Conseillère permanente
pour la fédération CAIPS
1 : Plan Formation-Insertion : un dispositif wallon qui co-finance temporairement l’engagement d’un chercheur d’emploi par une entreprise, avec un double objectif de familiarisation et de découverte mutuelle en vue d’un contrat de travail.


